Ce que le coaching m’a appris sur la parentalité (et inversement)

Je coachais depuis six ans quand ma fille est née. Je pensais que les outils allaient suivre. Ils n’ont pas suivi. Ou plutôt : ils ont tenu trois semaines, puis j’ai découvert que gérer un client adulte et gérer un enfant de deux ans n’ont rien à voir, même si, sur le papier, les deux cherchent la même chose — avancer.

Ça m’a obligé à revoir ma copie.

Le vrai point commun : personne ne dit ce qu’il veut vraiment du premier coup

En coaching, la première séance est presque toujours la même. Le client arrive avec une demande claire. « Je veux changer de poste. » Trois questions plus tard, il parle de son père. La demande de surface cache une autre demande, plus ancienne, plus floue.

Avec un enfant, c’est pareil. Sauf que l’enfant, lui, ne formule même pas la demande de surface. Il crie, il se roule par terre au supermarché, il refuse de mettre ses chaussures. Derrière le caprice, il y a presque toujours une fatigue, une faim, une peur qu’il n’arrive pas à nommer.

La compétence qu’on cherche en coaching — écouter ce qui se dit sous ce qui se dit — c’est exactement la même à la maison. Simplement, on n’a pas une heure, on a trente secondes, et personne ne paie pour ça.

Le piège du praticien qui rentre chez lui

On m’avait prévenu : « Tu verras, ton enfant te fera travailler tes propres angles morts. » J’ai souri. C’était vrai.

Je passais mes journées à poser à mes clients des questions ouvertes, à reformuler sans juger, à laisser le silence travailler. Le soir, avec mon fils qui repoussait son assiette pour la cinquième fois, je reprenais mon rôle de directeur de conscience. Le résultat était catastrophique. Un enfant de quatre ans n’a rien à faire d’une reformulation bienveillante quand sa patience a une durée de vie de dix-huit secondes.

Ce que j’ai fini par comprendre — et ça a changé ma façon de bosser aussi — c’est qu’accompagner, ce n’est pas appliquer une méthode. C’est ajuster le curseur : quand est-ce que je guide, quand est-ce que je me tais, quand est-ce que je tiens une limite, quand est-ce que je reconnais que je suis juste fatigué et que ce n’est pas la faute de l’autre.

Selon une enquête IFOP de 2023, 42 % des parents actifs disent se sentir en tension entre leur rôle parental et leur rôle professionnel au moins une fois par semaine. Je trouve ce chiffre énorme, et je soupçonne qu’il sous-estime. Beaucoup de gens ne l’avouent pas, par peur de passer pour des parents qui « ne gèrent pas ».

Construire un réseau, c’est aussi un travail de parent

Un truc qu’on ne dit pas assez : le réseau professionnel ne se construit pas seulement en afterwork ou sur LinkedIn. Il se construit aussi sur les bancs de l’école, à la sortie de la crèche, en faisant du covoiturage pour un anniversaire. J’ai signé deux contrats, en cinq ans, avec des parents croisés à la grille de l’école. Pas parce que je « networkais » — parce qu’on se connaissait assez pour se faire confiance.

Être parent change la façon dont on parle aux gens. On a moins de temps, on va à l’essentiel, on supporte moins les gens faux. Paradoxalement, ça rend les contacts plus solides.

Il y a quelques mois, je suis tombé sur le blog parentalite d’emanostore.com en cherchant une réponse bête — comment organiser une routine du soir qui ne finisse pas en crise. J’y ai trouvé des articles qui parlent concrètement, sans juger, sans nous prendre pour des enfants. Ce que je reproche souvent aux contenus parentaux, c’est ce ton donneur de leçons qui met tout le monde en échec. Là, non. Et bizarrement, certaines pages m’ont plus servi dans ma pratique de coach que dans ma vie de père. Comme quoi les frontières sont poreuses.

Trois choses que je retiens, et que je répète en séance

  • Une demande n’est presque jamais la vraie demande. Votre collaborateur qui veut « plus d’autonomie » veut peut-être juste être reconnu. Votre enfant qui crie veut peut-être juste être vu.
  • Le silence est un outil, pas un vide. En rendez-vous comme au dîner, laissez cinq secondes de plus que ce qui vous met à l’aise.
  • On ne tient pas un rôle (parent, manager, associé) sans déborder quelque part. Ce n’est pas un signe de faiblesse.

Je ne crois pas à la grande réconciliation entre vie pro et vie perso. J’ai essayé, ça ne marche pas. Ce qui marche, chez moi, c’est d’arrêter de faire semblant que ce sont deux mondes séparés. Les mêmes problèmes reviennent. Les mêmes solutions aussi.

Un client m’a dit un jour : « Je ne veux pas devenir quelqu’un d’autre, je veux arrêter d’avoir honte de ce que je suis. » Je pense que c’est aussi vrai pour un adulte en réunion de cadrage que pour un gamin qui refuse de dire bonjour. On ne change pas de personne. On apprend à se supporter un peu mieux.