«Le clinicien » octobre 1994, pages 33-43.

Le prépuce :
pour couper court à la controverse

par Pierre Williot, m.d., FRCSC, FAAP


«Le Dr Remondino, dans les années 1890, prétendait que la circoncision prévenait des centaines de maladies. Plus tard, les maladies transmises sexuellement ont été associées, à tort, à la présence du prépuce. Ces maladies sont davantage attribuables à un manque d'hygiène de base plutôt qu'à la simple présence du prépuce. Alors, pourquoi y a-t-il tant de circoncisions« de routine » et tant de réticence au changement ? »

Le Dr Williot est professeur agrégé de clinique, département de chirurgie, Université de Montréal, et chef, service d'urologie, Hôpital Sainte-Justine, Montréal. Il est diplômé de l'Université de Montréal et a fait sa surspécialité en urologie pédiatrique à Toronto. Ses intérêts incluent tous les domaines de l'urologie pédiatrique, en particulier les vessies neurogènes et les infections urinaires.


 

Docteur, j’aimerais que mon enfant soit circoncis...

« Docteur, j’aimerais que mon enfant soit circoncis. Son père l’est, ma mère et ma belle-mère me disent que c’est beaucoup mieux sans prépuce. De plus je trouve que c’est plus beau sans la peau. » Que répondre à ces arguments ?

Un peu à la façon de l’amygdalectomie « de routine », la circoncision était une mesure médicale acceptée. Contrairement à la circoncision cependant, l’amélioration des connaissances médicales nous a fait réaliser qu’il est préférable d’enlever les amygdales que lorsque l’indication est bien établie. Pourquoi le même phénomène ne survient-il pas avec la circoncision ?

Cette circoncision « de routine », pratiquée en Amérique du Nord, est en fait rituelle, car elle ne répond pas au pragmatisme de la pratique médicale actuelle.

Nous entendons souvent parler de circoncision pour des raisons de propreté, d’hygiène. Comment alors expliquer qu’environ 80% de la population mondiale ne pratique pas la circoncision « de routine », et cela inclut des pays avec de très hauts standards de santé tels la Hollande, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche et les pays scandinaves.

La plupart des communautés noires africains pratiquent la circoncision de façon rituelle. Le garçon prouve son courage, car elle est souvent faite à froid et parfois avec des pierres taillées, lors de son passage à la vie adulte.

Dans ces mêmes pays, la circoncision féminine, ou plutôt la clitoridectomie avec ou sans fermeture des lèvres, est parfois pratiquée malgré que cette pratique soit condamnée. Ce dernier rituel a ( ou avait ) pour but d’assurer la virginité des nouvelles épouses, de tenter d’assurer leur loyauté envers leur mari en diminuant ou en abolissant leur plaisir sexuel et aussi de démontrer clairement la dominance mâle sur leur conjointe. Les temps ont changé, croyez-vous ? Le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario a publié un avis, il y a quelques années, condamnant la pratique de la circoncision féminine et ses variantes, car ici même au Canada, certaines communautés noires africaines pratiquent toujours ce rituel une fois immigrées.

Au XIXe siècle, plusieurs mythes entouraient le prépuce. En effet, la masturbation, mère de plusieurs maladies incurables ( débilité, alcoolisme, crétinisme ) était, c’est bien connu, liée à la présence du prépuce.

Le Dr P.C. Remondino, dans les années 1890, prétendait que la circoncision prévenait des centaines de maladies incluant l’alcoolisme, l’épilepsie, l’asthme, les maladies rénales, l’énurésie, les hernies, la goutte, le prolapsus rectal, le rhumatisme, etc. Que de fantaisies!...

Plus tard, les maladies transmises sexuellement ( l’herpès en particulier ), de même que les cancers du pénis et du col utérin, ont été associés, à tort, à la présence du prépuce. Ces maladies sont bien plus attribuables à un manque d’hygiène de base qu’a la simple présence du prépuce. Il est à noter que ces maladies ne sont pas plus fréquentes dans les pays ne pratiquant pas la circoncision « de routine » et où les mesures d’hygiène sont respectées.

À l’opposé, en Europe, l’absence de prépuce durant la Deuxième Guerre mondiale pouvant mener à la chambre à gaz, des techniques de prépucioplastie ont vu le jour afin de préserver le prépuce en cas de phimosis pathologique.

Alors, pourquoi y a-t-il tant de circoncisions « de routine » et tant de réticence au changement ? Cela demeure une énigme des temps modernes.

Enfin, permettez-moi de conclure ce bref délibéré en espérant que ce culte des temps modernes, cet acharnement sur ce petit morceau de peau, cette circoncision rituelle, « de routine » ou esthétique, prenne fin.

J’espère que ce court texte vous sera utile dans votre pratique quotidienne.

 

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InfoCirc ¦ Dernière modification: 15 août, 2004 ¦