Pourquoi cette véritable « phobie » d’une partie importante du corps ?

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Raymond Bernatchez


Regroupés au sein d’un organisme non gouvernemental international du nom de National Organization of Circumcision (NOCIRC), des gens ont entrepris depuis quelques années de lutter contre la circoncision infantile. La NOCIRC estime que cette pratique n’est pas médicalement justifiée dans la très grande majorité des cas, et que l’on ne doit plus permettre à des parents et à des médicins d’affecter, sans raison valable, le corps d’un nouveau-né forcément incapable de donner son consentement.

« L’organisme s’intéresse à cette question pour des raisons de bioéthique », dit le port-parole montréalais, John Antonopoulos, coordonnateur du Centre d’information et de documentation sur la circoncision (Info-Circoncision).

Bien que la NOCIRC s’oppose à toutes les formes de circoncision, qu’elle soit pratiquée pour des raisons d’ordre religieux ou autres, John Antonopoulos a préféré, lors de notre rencontre, exclure les motifs religieux du débat pour s’attarder aux autres aspects de la question.

Antonopoulos qualifie de « phobie » le fait que des parent insistent encore aujourd’hui auprès de leur médecin pour qu’il extirpe à la naissance le prépuce de leur enfant mâle.

« La phobie moderne, c’est que le prépuce est une structure dangereuse, malsaine, qui fait courir des risques à l’individu. Si les gens partent du principe que le prépuce est mauvais, il est donc évidemment bon pour eux de l’enlever. Ils le font avec d’autant plus de bonne conscience qu’ils croient cette structure inutile. »


Or, selon John Antonopoulos, le raisonnement est faux au point de départ. Le prépuce est non seulement une structure qui ne fait courir aucun risque à l’individu pratiquant une saine hygiène (comme sur toutes les autres parties de son corps d’aillieurs), mais il a une valeur existentielle et une valeur physiologique indéniable.

Avant et après une circoncision

Pénis non circoncis avec prépuce recouvrant le pénis

ce petit morceau de peau que l'on coupe équivaut une surface 3 x 5 pouces à l'âge adulte

photo du pénis non-circoncis, gland recouvert par prépuce

Pénis non circoncis avec gland dégagé

photo du pénis non-circoncis, prépuce retiré, gland dégagé

Une partie normale de l’organisme

« C’est une partie normale, intégrante du pénis. Sa fonction la plus évidente, c’est de protéger le gland. Le prépuce maintient le gland dans un environnement humide et protégé. La surface du gland est normalement d’une certaine minceur ou épaisseur, mais d’une certaine humidité, d’une certaine souplesse, d’une certaine texture et d’une certaine couleur; donc d’une certaine sensibilité à cause de tout cela. »

« Le prépuce conserve le gland dans ces conditions optimales, et les sécrétions fournies par le prépuce, le smegma (pourvu qu’on ne laisse pas s’accumuler évidemment), lubrifient la surface du gland. En enlevant le prépuce d’une personne, le gland de son pénis se trouve perpétuellement dans un environnement qui n’a pas été conçu pour lui. En contact avec l’air, les vêtements etc... la surface du gland s’épaissit. Ce phénomène s’appelle le processus de kératinisation. La surface du gland s’assèche, la couleur change, et tous ces facteurs réunis ont un impact diminutif sur la sensibilité du gland lui-même. Le prépuce exerce une autre fonction: il est mécano-lubrifiant. Cette peau ayant la propriété de pouvoir bouger, cette mobilité assure une lubrification mécanique au gland. »

En pratiquant la circoncision, soit en extirpant le prépuce à la naissance, certains croient sans doute qu’ils ne privent l’enfant que d’un tout petit morceau de peau. Or, à l’âge adulte, ce «petit morceau de peau » comme le démontre notre illustration, équivaut à une surface totale de 3 pouces sur 5 pouces. Elle est extérieurement constituée d’une band de peau de 1,5 pouce sur 5 pouces. Sur sa face interne, elle est dotée d’une band de muquesuse dont la surface équivaut également à 1,5 pouce sur 5 pouces.

« Cette muqueuse est très richement innervée et ses terminaisons nerveuses procurent une sensation très particulière lors de l’acte sexuel » souligne John Antonopoulos.



Paraphimosis

Prépuce phimotique étranglant le gland découvert

Phimosis

physiologie du phimosis





Contre le sida : le condom

Les tenants de la circoncision n’en prétendent pas moins que le prépuce fait courir à l’individu des risques indus, à l’âge adulte surtout, en raison notamment des risques de maladies transmises sexuellement. Qu’en est-il?

John Antonopoulos réfute ces arguments. Pour ce qui est des infections urinaires chez les nourissons, il soutient que ces risques sont de l’ordre de 1% dans l’ensemble de la population non circoncise, alors qu’ils ne sont que de l’ordre de 0,1% chez les circoncis. C’est dix fois moins, reconnaît-il, en s’empressant d’ajouter toutefois que l’on n’est pas justifié d’enlever el prépuce de 99% des enfants mâles pour protéger 1% de la population, qui peut de toute manière être protégée autrement.

Les risques accrus de transmission du sida ayant été évoqués dans le milieu médical, Antonopoulos rétorque que seul le condom protège efficacement la personne contre les risques de transmission, que cette personne soit circoncise ou non. Sans condom, si une lésion à la muqueuse du prépuce peut servir de porte d’entrée au virus dans l’organisme, le même phénomène peut aussi se produire à son avis chez une personne circoncise à partir d’une lésion infligée lors du coït sur une surface de peau trop tendue.

« Il y a un nombre croissant d’hommes qui s’éveillent, aux États-Unis notamment, au fait qu’il y a une partie d’eux-mêmes qui a été enlevée sans leur consentement, et qui sont consternés par cela », ajoute le porte-parole du Centre d’information et de documentation sur la circoncision. Certains de ces hommes sont intéressés par l’idée de pouvoir « restaurer » leur prépuce. Il est en effet possible de prendre la peau derrière le gland, chez les circoncis, et d’allonger cette peau, de façon non médicale, par des étirements légers, modérés, effectués mécaniquement sur une longe période de temps (de 18 à 36 mois en fait selon les but poursuivis par la personne).

Le pénis ainsi « restauré » retrouvera des particularités du pénis originel (pas toutes bien entendu, la muqueuse elle-même ne pouvant pas être reconstituée), et notamment une certaine sensibilité à la surface du gland. Il existe aussi des prcédures chirurgicales de «restauration ».

Ce que la NOCIRC souhaite avant toute chose, c’est que les parents prennent conscience de toutes ces données et qu’ils cessent (pour des raisons de conformisme social, surtout en ce qui concerne les États-Unis), de réclamer systématiquement la circoncision pour leur enfant.


Article d’accompagnement Nul médecin n’est tenu de pratiquer une circoncision médicalement non « justifiée »

Article principale La circoncision : Si nécessaire ... mais pas nécessairement !

 

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InfoCirc ¦ Dernière modification: 15 août, 2004 ¦