Nul médecin n’est tenu de pratiquer une circoncision médicalement non « justifiée »




Photo de le Dr. Pierre Williot



Chef du service d’urologie à l’hôpital Sainte-Justine, le docteur Pierre Williot estime que la nature fait fort bien les choses et que dans la majorité des cas le prépuce dégage de lui-même avec le temps.



Aucun médecin n’est tenu de pratiquer sur un infant, même à la demande des parents, une circoncision non justifiée médicalement. Cette prise de position nous a été communiquée il y a quelque jours par un porte-parole du Collège des médicins du Québec, en spécifiant toutefois que le Collège refusait de se prononcer sur cette question fort controversée encore dans le milieu médical.

Que faut-il comprendre de tout cela ? C’est, semble-t-il, que le Collège refuse de s’immiscer en arbitre dans le vaste débat de la circoncision englobant divers aspects, d’ordre religieux notamment, mais qu’il reconnaît que certains parents peuvent réclamer une circoncision pour leur enfant, en invoquant des raisons d’ordre médical qui n’ont pas toujours leur raison d’être.

Conformément à son Code de déontologie, le médicin peut dès lors refuser d’effectuer une circoncision non justifiée médicalement sans que les parents puissent le contraindre à agir contre son gré.

Il est en effet spécifié, dans le Code, que « le médecin ne doit fournir un soin ou donner une ordonnance de médicaments ou de traitement que si ceux-ci sont médicalement nécessaires ». Il est écrit aussi que « le médecin doit ignorer toute intervention d’un tiers en vue d’influer sur l’exécution de ses devoirs professionnels au préjudice de son patient ». Et, plus loin encore, qu’il « doit ignorer toute intervention qui ne respecte pas sa liberté professionnelle. »

Si on ne peut contraindre pour ces raisons un médecin québécois à effectuer une circoncision, soutient Brigitte Junius, directrice des communications au Collège des médecins du Québec, rien n’empêche toutefois un parent d’effectuer des démarches auprès d’autres médecins qui pourraient consentir (pour des raisons qui leur sont propres et qui ne sont pas d’ordre médical), à effectuer une telle intervention. Il doit être claire toutefois que l’Assurance-maladie du Québec n’assume pas les frais d’une intervention pratiquée dans ces conditions, et que les coûts doivent alors être entièrement assumés par les parents, comme s’il s’agissait d’une intervention de chirurgie esthétique.

Des poursuites aux USA

Pour le Centre d’information et de documentation sur la circoncision, les médecins québécois doivent refuser d’effectuer des circoncisions chez les nourrissons dans le seul but de satisfaire les exigences des parents. S’ils le font, ils agissent en contradiction avec la bioéthique et avec leur Code de déontologie.

Porte-parole du Centre, John Antonopoulos, précise toutefois que son organisme, affilié à la National Organization of Circumcision (NOCIRC) n’entend pas, actuellement du moins, mener une bataille juridique contre les médecins qui consentent à effectuer une circoncision non requise chez l’enfant pour des raisons médicales.

« Je préfère actuellement faire de l’information auprès du public, souligne Antonopoulos. Même si la circoncision va à l’encontre de l’interprétation la plus stricte de la loi, je préfère changer les attitudes que de pointer des gens du doigt et aller devant les tribunaux. Il y a tout fois des poursuites légales qui sont entreprises déjà aux États-Unis. Cela s’en vient. »

Antonopoulos souligne en effet que nul n’a le droit de supprimer chez une autre personne, sans son consentement (et c’est bel et bien le cas d’un nouveau-né), une structure normale, saine et fonctionnelle. « Si on essayait de nos jours d’enlever le plus petit morceau de peau d’une fillette, cela ne passerait pas, dit-il encore. Évidemment, si la circoncision est nécessaire, on ne doit pas s’y objecter. Mais il faut savoir que la circoncision est une intervention de derniers recours, et qu’elle ne doit être pratiquée que lorsque l’on a essayé tous les autres moyens. »


Article d’accompagnement Pourquoi cette véritable « phobie » d’une partie importante du corps ?

Article principale La circoncision : Si nécessaire ... mais pas nécessairement !

 

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InfoCirc ¦ Dernière modification: 15 août, 2004 ¦