La

 

C i r c o n c i s i o n

Si nécessaire ...mais pas nécessairement!


Raymond Bernatchez
La Presse
Montréal
dimanche 26 novembre, 1995
Page C 1



circoncision en cours

La circoncision (l’incision et l’ablation du prépuce d’un enfant mâle) est parfois justifiée médicalement. Elle est toutefois pratiquée sans raison médicale dans la majorité des cas.

 

Savez-vous ce que les Terre-Neuviens et les Québecois ont en commun? Je vous le donne en mille. De tous les citoyens du Canada, ce sont les mâles du Québec et de Terre-Neuve qui sont les moins circoncis; ce sont eux qui ont pu, mieux que les autres, préserver intact à la naissance, leur prépuce originel.

Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal et chef du service d’urologie à l’hôpital Sainte-Justine, le docteur Pierre Williot explique que la circoncision est essentiellement un phénomène relié à la culture anglophone et que s’il s’en fait beaucoup moins au Québec que dans les autres provinces canadiennes, il s’en fait relativement moins aujourd’hui au Canada qu’aux États-Unis.

En mettant de côté les rituels religieux pratiqués chez les juifs et les musulmans, on comprend mieux le phénomène de la circoncision « médicale ». D’abord préconisée par les médecins britanniques sous le règne de la puritaine reine Victoria (pour enrayer médicalement les effets néfastes de la...masturbation infantile!), cette pratique s’est répandue ensuite dans tout le monde anglo-saxon, États-Unis compris. La majorité des pays européens ont par contre refusé d’emboîter le pas aux Britanniques, comme 80% des pays du monde d’ailleurs, qui n’effectuent la circoncision qu’en cas de stricte nécessité.

« Dans la majorité des pays européens, dit le médecin, c’est moins de 10% de la population qui aura besoin d’être circoncise. En Finlande, par exemple, la circoncision n’a été pratiquée que chez 1% à peine de la population. »

De 1% de la population mâle en Finlande à plus de 85% de la population mâle aux États-Unis en 1985, il y a là une forte marge! Où en sommes-nous au Québec? Selon un porte-parole d’Info-Circoncision (Eh oui ça existe!), le taux de circoncision au Québec en 1987 était de 3%, comparativement à 38% en Ontario.

En 1949, les Britanniques mirent eux-mêmes fin à cette pratique qui s’instaura tant et si bien aux États-Unis qu’en 1980, près de 85% des nouveau-nés mâles étaient systématiquement circoncis.

Quelles sont les raisons qui justifient encore la pratique médicale de la circoncision dans les hôpitaux du Québec? Quelles sont celles qui pourraient inciter par exemple le docteur Williot à effectuer cette intervention chirurgicale consistant à inciser le prépuce pour le retirer complètement?

« Seules les circoncisions qui ont une nécessité médicale seront défrayées par l’assurance-maladie du Québec, alors que celles qui sont pratiquées pour d’autres raisons, d’ordre esthétique ou religieux, le seront aux frais des requérants l’hôpital Saint-Justine, ces frais seraient de l’ordre de 550 $). C’est déjà une indication », précise le médecin spécialiste.


circoncision en cours

Douloureuse pour l’enfant, l’intervention nécessite une anesthésie générale.


Quelles peuvent-être ces « nécessités médicales »? Le docteur Williot évoque les paraphimosis (lorsque le prépuce est pris derrière le gland et que l’on est incapable de le ramener autrement) ou lorsqu’il y a des infections du gland à répétition, chez certaines adultes diabétiques notamment. Le médecin mentionne également de rares possibilités, chez l’enfant de moins de deux ans, qu’un anneau phimotique dilaté trop fortement ait subi des bris, qui ont pu se cicatriser ensuite, d’où le problème. Il cite encore de rares maladies de peau qui peuvent empêcher toute dilatation, puis des infections répétitives du gland. Pour le reste, c’est-à-dire dans la majorité des cas, le docteur Pierre Williot préconise des solutions moins invasives. Il recommande surtout aux parents de ne pas s’alarmer inutilement.

La dilatation manuelle

« À la naissance, il y a deux raisons pour lesquelles le prépuce peut ne pas descendre. La première, c’est qu’il est trop étroit à son extrémité, comme un col de chandail roulé trop serré. L’autre raison, c’est le prépuce et le gland adhèrent complètement l’un à l’autre. Il n’y a alors pas de plan de clivage entre le prépuce et le gland. Dans la plupart des cas pourtant, les enfants n’ont pas de plan de clivage à la naissance. »

Le médecin doit-il alors intervenir en pratiquant une circoncision?

« Pas nécessairement, réplique le médecin. Habituellement, mère nature règle le problème d’elle-même avec le temps. À la base du gland, il y a une portion que nous appelons la couronne. À cet endroit, il n’y a habituellement pas d’adhérences. La muqueuse du prépuce et la peau du gland vont faire des desquamations, ou des pellicules si vous préférez. Elles vont s’accumuler à la base du gland, dans le sillon, et formeront alors une sorte de pâte, le smegma. Le smegma ne cessera de s’accumuler avec les années et la pression qu’il contribuera à créer provoquera éventuellement un espace entre le gland et le prépuce. Il s’agit donc d’un mécanisme physiologique de libération des adhérences. La plupart du temps, cela fonctionne. Irrités par le smegma, certains enfants vont manipuler le gland pour obtenir un soulagement contribuant ainsi au dégagement. Les érections, d’origine mécanique et non sexuelle chez les jeunes enfants, jouent également un rôle. Le gland exerce alors une tension sur le prépuce, contribuant ainsi à dilater l’anneau phimotique et à libérer lesadhérences. »

Le docteur Pierre Williot souligne que lorsque l’on explique ce phénomène aux parents et qu’on leur indique également que le prépuce exerce un rôle, celui de protéger le gland et que la sensibilité d’un gland protégé est sans doute supérieure à celle d’un gland qui ne l’est plus, ils renoncent règle générale à l’idée de dégager le gland de l’enfant par circoncision du prépuce. Cette intervention nécessite une anesthésie générale et impose des douleurs au bébé. Sachant cela, les parents optent habituellement pour une méthode beaucoup plus douce, soit la dilatation manuelle effectuée patiemment lors du bain de l’enfant notamment. Si à cinq ans le résultat souhaité n’est pas encore obtenu, les parents pourront dès lors aider la dilatation à l’aide d’une crème à base de cortisone ou de stéroïde. Il faut laisser à la nature la chance de faire son oeuvre.


Articles d’accompagnement :

  1. Pourquoi cette véritable « phobie » d’une partie importante du corps?
  2. Nul médecin n’est tenu de pratiquer une circoncision médicalement non «justifiée »

 

Cliquez ici pour reculer

InfoCirc ¦ Dernière modification: 15 août, 2004 ¦