La Presse, (Montréal) le 7 août 1998, page A9


Haro sur la circoncision

La Montréalaise Margaret Somerville dénonce

MARIE-FRANCE LÉGER

La circoncision de routine chez les nouveau-nés, sans caractère religieux, encore répandue aux États-Unis et au Canada—très peu au Québec—vient de trouver une bioéthicienne montréalaise sur son chemin.

Margaret Somerville, directrice-fondatrice du Centre de médecine, d’éthique et de droit de l’Université McGill, fustige cette pratique qui est « contre l’éthique médicale » et qui constitue « techniquement une agression criminelle ».

Pour avoir osé dénoncer publiquement cette pratique, Mme Somerville était honorée hier à l’Université Oxford, en Angleterre, à l’occasion du cinquième Symposium international sur les mutilations sexuelles qui réunissait pendant trois jours quelque 200 médecins, éthiciens, et juristes.

Mme Somerville est tout à fait consciente d’aborder une question pour le moins délicate. Mais elle souligne que son intervention n’englobe pas la circoncision à caractère religieux pratiquée chez les Juifs et les Musulmans.

« Ma prise de position ne doit pas être interpretée comme antisémite. Je crois au contraire que la circoncision sur une base religieuse se justifie », a-t-elle pris soin de préciser au cours d’une entretien téléphonique.

L’ablation du prépuce chez les enfants de sexe masculin est plus difficile à dénoncer que les mutilations génitales chez les petites filles, a-t-elle poursuivi, puis celles-ci n’ont la plupart du temps aucun caractère religieux.

« Il y a tout de même un débat qui s’amorce dans la communauté juive. Ici, à Oxford, il y a du pour et du contre. Ce qui est important, c’est que les interrogations sur la circoncision religieuse proviennent des communautés concernées », a souligné la bioéthicienne.

Mme Somerville a aussi signalé un aspect intéressant soulevé par une invitée qui rappelait que dans l’Antiquité, on ne retirait qu’une toute petite partie du prépuce. « Ce serait aujourd’hui une avenue d’explorer. À part la circoncision religieuse, je ne vois que deux autres justifications à cette pratique: celle effectuée pour raisons médicales et celle effectuée sur une adulte consentante ».

Au Québec, la circoncision pour raison médicale est une service couvert par la Régie de l’assurance-maladie. Chaque année, entre 4000 et 5000 garçons sont circoncis, selon des chiffres fournis par la RAMQ. « On a dû s’apercevoir au cours des années qu’on payait trop pour les circoncisions non justifiées. Aujourd’hui l’urologue ou le médecin doit préciser la condition pathologique exacte », a indiqué hier Pierre Boucher, du bureau du président de la RAMQ.

Le nombre de ces chirurgies, en baisse de façon vertigineuse depuis les années 70, — 30 % des nouveau-nés de sexe masculin en 1971 étaient circoncis — font tout de même sursauter John Antonopoulos, responsable de l’organisme Info-Circoncision à Montréal. « Le problème, dit-il, c’est que des médecins posent encorent de mauvais diagnostics et recommandent trop rapidement de circoncire des garçons de quatre ans dont le prépuce n’est pas séparé du gland alors qu’on sait très bien que ça peut prendre plusieurs années avant de se détacher. »

En 1996, ajoute-il, la Société canadienne de la pédiatrie a estimé qu’on évaluait mal cette période de temps, et qu’on avait recours trop facilement à la chirurgie. « En médecine, on ne doit pas enlever de partie saine de l’anatomie. L’hygiène, c’est une question d’eau et de savon, c’est tout. »

 

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InfoCirc ¦ Dernière modification: 15 août, 2004 ¦