« Mon bébé » mars 1979, Vol. 2 No. 1

LA CIRCONCISION
Luc Chicoine, m.d.
Directeur, département de pédiatrie
Hôpital Ste-Justine, Montréal

Il s’agit d’un sujet sur lequel la profession médicale a mis longtemps à se prononcer. Depuis quelques années la position s’est clarifié et tous les organismes officiels recommandent maintenant de ne pas faire de circoncision de routine chez le nouveau-né; ils recommandent aussi de ne pas effectuer de dilatations forcées.

Cette prise de position vient surtout du fait que nos connaissances ont progressé récemment. En effet, on sait maintenant qu’il est normal que le prépuce ne puisse pas se rétracter à la naissance. On a aussi appris que la séparation entre le prépuce et le gland s’effectue lentement et que toute intervention qui force la rétraction, comme les dilatations forcées, ne fait que favoriser la formation de cicatrices qui nuisent à l’évolution normale et qui risquent de nécessiter une opération plus tard.

Il est facile de réfuter l’argumentation de ceux qui favorisent la circoncision comme mesure préventive. Pour la plupart, la circoncision était une mesure d’hygiène préventive mais il est facile de se rendre compte que l’eau et le savon sont moins dangereux et plus efficaces. Historiquement, ceci a pu être un argument valable, alors que les juifs erraient dans le désert, mais aujourd’hui cet argument ne tient plus. Il faut même considérer le prépuce comme un protecteur naturel et très efficace du gland, car ceux qui n’en ont pas sont exposés à subir certaines complications assez fréquentes, comme une sténose (diminution du calibre) du méat urinaire.

La crainte d’un besoin tardif de circoncision a aussi convaincu certaines personnes qu’il était plus facile de la faire à la naissance. Il est faux de prétendre que l’opération est plus facile et moins douloureuse à la naissance. Très peu d’enfants auront besoin de circoncision plus tard. Il est illogique de traumatiser tous les enfants pour empêcher d’en traumatiser une faible quantité plus tard. Les autres arguments, comme la prévention du cancer et des maladies vénériennes, ne tiennent plus devant nos connaissances actuelles.

L’évolution de nos connaissances sur ce sujet va dans le même sens que celles qui ont présidé à des changements d’attitude à propos des amygdales. On connaît mieux les fonctions de ces organes et on réalise maintenant que la nature fait rarement ou jamais des organes inutiles. Le prépuce est maintenant considéré comme un morceau utile qu’on ne doit enlever que lorsqu’il devient anormal ou nuisible. Il est très rare qu’il soit anormal à la naissance et de bonnes mesures d’hygiène font habituellement qu’il demeure normal toute la vie.

 

 

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InfoCirc ¦ Dernière modification: 15 août, 2004 ¦